Un
exemple typique de « l’effet de loupe »…
L’utilisation
de « cobayes humains » sous Hitler
Le cas du
docteur Rascher
Table des matières
On découvre des
expériences cruelles menée au mépris des ordres en vigueur
Enseignements à
tirer de l’affaire Rascher
Le
deux-poids-deux-mesures des vainqueurs
l’utilisation des cobayes humains sous Hitler
Les expériences du
Dr Rascher sur le Polygal sont continuées sans cobayes humains
H. Göring
s’est toujours opposé à l’utilisation de cobayes humains
Des expériences
menées sur des animaux de laboratoires
Le recours à des
cobayes humains fut rare
Un
décret d’Hitler précise que seuls peuvent être utilisés des volontaires ou des
condamnés à mort
S. Rascher
n’a peut-être pas violé le décret
La « science nazie » abusivement
présentée comme une « science de mort » ?
La société
Ahnenerbe coordonne la recherche scientifique
La recherche
médicale militaire n’est qu’une infime partie de la recherche scientifique
A Nuremberg,
l’Accusation emploie « l’effet de loupe »
Dans sa brochure intitulée
« Holocauste, la preuve documentaire », Robert Wolfe publie deux
documents dont l’un — la photo d’un déporté soumis à une expérience de
survie aux basses pressions — est très connu.
Dans un premier temps, je
souligne qu’un cliché montrant un détenu soumis à une expérience peut-être
mortelle ne prouve nullement que 6 millions de juifs auraient été
systématiquement gazés ou fusillés. Là encore, R. Wolfe mélange tout…
J’ajoute que l’auteur use
ici d’un procédé malhonnête que j’appelle « l’effet de loupe ». Ce
procédé consiste à se focaliser sur un cas indéniable et à délaisser tous les
autres qui peuvent être bien différents, afin de conduire le lecteur à conclure
faussement. Je m’explique. R. Wolfe mentionne uniquement les expériences
du docteur Rascher.
Le docteur
Sigmund Rascher fut tout d’abord employé comme médecin de la Luftwaffe. A
ce titre, il conduisit certaines expériences sur la résistance du corps humain
aux basses pressions et au refroidissement prolongé. En novembre 1942,
H. Himmler, qui le considérait comme un savant méritoire[1],
obtint qu’il soit muté dans la SS[2]. A
partir de ce moment, S. Rascher travailla à Dachau, directement sous les
ordres de du Reichsführer des SS[3].
Comme je l’ai écrit ailleurs, son activité scientifique permit des avancées,
notamment dans le domaine de la survie dans des conditions extrêmes[4] (voir la photo d’une expérience
sur le refroidissement prolongé). S. Rascher n’était donc pas un
incompétent qui aurait agi uniquement pour assouvir un instinct sadique.
Au début 1944, toutefois,
une enquête judiciaire fut ouverte contre lui (et accessoirement contre son
épouse) pour escroquerie en rapport avec le fonctionnement de son laboratoire
et pour « appropriation
illégitime d’enfants étrangers »[5]. Le
docteur fut alors mis en état d’arrestation et interné dans une caserne à
Munich, avant d’être finalement transféré à… Dachau[6].
Alors qu’il était
poursuivi pour deux délits relativement mineurs, les investigations permirent
d’apprendre que ce chercheur avait fini — en contradiction avec les ordres
habituels — par mener des expériences cruelles et meurtrières. En 1946, le
docteur Wolfram Sievers, un ancien Standartenführer des SS, déclara :
C’est seulement
l’arrestation de Rascher qui a révélé la manière cruelle, et allant très
au-delà de la mission qui lui avait été donnée, dont Rascher avait opéré [TMI,
XX, 577].
Un ancien enquêteur donna
les précisions suivantes :
Lors d’un
entretien avec le commandant du camp [de Dachau], j’ai simplement cité le nom
de Rascher, et c’est alors que le commandant du camp, et le médecin du camp
qu’on avait fait venir, me dirent qu’ils considéraient Rascher comme un homme
dangereux et infernal, qui procédait ici aux expériences les plus abominables
sur des hommes vivants. Rascher était investi de tous les pouvoirs par Himmler
et c’est ainsi que le commandant et le personnel étaient tellement intimidés,
que jusqu’au moment de mon intervention ils n’avaient pas osé s’opposer à
l’activité de Rascher[7].
La liste des reproches
était longue. Dans le cadre d’expériences menées pour tester l’efficacité d’une
substance anticoagulante (le Polygal), S. Rascher avait fait tirer sur des
prisonniers vivants afin de provoquer des hémorragies[8]. Ce
chercheur avait également essayé différentes techniques de réanimation sur des
sujets morts de froid, ce qui avait nécessité de les plonger auparavant dans de
l’eau à basse température (2,5 à 12 °C) jusqu’à obtenir le décès[9]. Un
de ses anciens collaborateurs, le docteur Pacholegg, l’accusa d’avoir soumis un
prisonnier à des pressions si faibles que ses poumons éclatèrent[10] ;
il ajouta que certaines de ses expériences entraînaient fatalement la mort du
sujet, à tel point qu’il s’agissait davantage d’exécutions que d’expériences (Id.).
Suite à ces révélations,
la Police criminelle, soucieuse que l’affaire ne puisse être étouffée, maintint
l’inculpé en détention, et ce malgré les véhémentes protestations d’Himmler[11] (voir les documents).
Celui-ci promit tout de même de déférer S. Rascher devant le tribunal
suprême des SS ; mais rien ne vint, jamais[12].
Finalement, l’accusé disparut dans les derniers jours, probablement fusillé à
Dachau[13].
Quelle conclusion tirer de
tout cela ? Tout d’abord, que le docteur Rascher fut probablement un
scientifique doué d’une certaine compétence. Mais, la guerre avançant, il en
vint à mener, sous la direction d’H. Himmler, des expériences de plus en
plus cruelles et meurtrières. Il est probable que le chef suprême des SS
— et ceux qui lui obéissaient —justifiaient cette politique en
arguant que l’Allemagne luttait pour sa survie et que de nombreux jeunes
Allemands tombaient au front, ce qui, dès lors, aurait autorisé le sacrifice de
quelques vies pour faire progresser la science appliquée à la guerre. J’en veux
pour preuve une lettre datée de 1942 et dans laquelle H. Himmler se
plaignait de la réticence des médecins chrétiens :
Les difficultés
rentent les mêmes qu’auparavant : le point de vue de ces milieux médicaux
chrétiens est qu’un jeune aviateur allemand a le droit de risquer sa vie, mais
que la vie d’un criminel — qui n’est pas mobilisé — est sacrée et que
nul ne doit se souiller de son sang[14].
Le 19 mai 1944, bien
après la destitution de S. Rascher, une demande fut faite à
Oswald Pohl pour que 200 détenus des camps soient transférés à
Natzweiler afin d’y être soumis à des expériences destinées à la fabrication
d’un nouveau sérum contre le typhus. Là encore, les autorités se justifiaient
en déclarant : « les résultats que l’on obtiendra sûrement sont de la plus
grande importance pour la santé de nos soldats »[15]. On
le voit, ces expériences furent rendues possibles par le fait que l’Allemagne luttait
pour sa survie, ce qui aurait permis — selon certains — de franchir
certaines barrières morales.
Naturellement, cette
justification ne fut jamais acceptée par les vainqueurs. Dans son jugement
rendu le 1er octobre 1946, le Tribunal de Nuremberg invoqua les
expériences du Dr Rascher pour qualifier la SS d’ « organisation
criminelle »[16].
Pourtant, cette justification allait être avancée et acceptée 48 ans plus
tard, lorsque furent découvertes les expériences à grande échelle menées par
les Américains sur des « cobayes humains » afin de mieux connaître
les effets de la radioactivité (contaminations volontaire de l’atmosphère,
pilules radioactives données à des femmes enceintes, repas radioactifs donnés à
des simples d’esprit, injection de Plutonium à des blessés… Pour plus d’information sur ces expériences, cliquez ici).
Un quotidien local écrivit :
Cette frénésie
de recherche [qui amena les expériences sur des êtres vivants] était motivée
par la guerre froide et la course à l’armement atomique. « Nous étions en pleine lutte de survie »
face à la menace de l’URSS, et il fallait en savoir plus sur la radioactivité,
résume Hazel O’Leary, première femme et première Noire à diriger le secrétariat
à l’Énergie[17].
C’est toujours la même
chose : les « bons », eux, ont tous les droits et toutes les
excuses.
Mais il y a plus. Comme on
l’a vu, S. Rascher put poursuivre ces expériences dans le plus grand
secret[18]
parce qu’il dépendait exclusivement d’Himmler, qui en assumait seul l’entière
responsabilité[19].
Toutefois, dès que ses agissements furent connus, les autorités y mirent fin en
internant le médecin responsable — malgré les protestations du
Reichsführer des SS — et en confiant certains de ses projets à d’autres.
C’est ainsi, par exemple,
qu’un nouveau médecin fut nommé pour la mise au point de l’anti-hémorragique
appelé Polygal. Il s’agissait du Hupatsturmführer des SS Plötner qui, lui,
avait toujours catégoriquement refusé de se livrer à des expériences sur les
humains[20].
C’est bien la preuve qu’en haut lieu, et en dehors des services d’Himmler, on
condamnait ce genre d’expérimentation cruelle.
A Nuremberg, d’ailleurs,
Hermann Göring rappela en deux occurrences son opposition à ces pratiques.
A son avocat qui lui demandait s’il avait donné l’ordre à quiconque et à un
moment quelconque « de faire des expériences médicales sur des détenus des camps
de concentration », il répondit :
Je tiens à
déclarer ici d’une façon tout à fait nette que je n’ai signé aucun texte à ce
sujet, qu’aucun homme ne peut dire ou prétendre avoir reçu de moi un tel ordre,
à quelque époque que ce soit, ni même une indication pour agir de la sorte [TMI,
XXI, 323].
Malgré ses recherches,
l’Accusation se révéla incapable d’exhiber un ordre quelconque ou un témoignage
qui l’aurait contredit[21].
Répondant au procureur général adjoint britannique qui, malgré ce vide
documentaire, tentait désespérément de l’impliquer dans cette affaire,
H. Göring lança :
Au cours de
l’année 1934, j’ai interdit les expériences faites sur des animaux vivants. Ne
pensez pas, je vous prie, que je les aurais fait faire sur des êtres humains [TMI,
XXI, 334].
L’impuissance de
l’Accusation fut si patente que dans son jugement prononcé contre l’ancien
Reicsmarschall, le Tribunal garda le silence sur les « expériences
médicales », ce qui équivalait à une reconnaissance de non-culpabilité
(voy. TMI, I, 298-9).
En vérité, les débats à
Nuremberg démontrèrent que, si l’on excepte quelques dérapages condamnables, la
recherche scientifique sous Hitler fut menée conformément aux traditions. Des
animaux de laboratoire furent utilisés jusqu’à la fin, à tel point que la
guerre provoqua une pénurie dont s’émurent certains chercheurs[22].
Concernant les expériences
sur des êtres humains, certaines eurent effectivement lieu (malgré l’opposition
de principe d’H Göring) mais dans un cadre très strict : Hitler avait
en effet promulgué un décret très précis selon lequel des détenus volontaires
ou des criminels condamnés à morts pouvaient être utilisés[23].
C’est ainsi que, même pendant la guerre, il ne pouvait être question de prendre
des prisonniers au hasard et sans autorisation. Une lettre du WVHA en date du
12 mai 1944 rappelait :
Il y a lieu
d’appeler l’attention sur le fait que, dans chaque cas, il faut demander ici
une autorisation pour obtenir l’attribution de prisonniers en vue
d’expériences. Il faut indiquer, dans cette demande, le matricule du
prisonnier, le régime de détention et, pour les prisonniers aryens, l’état
civil exact, le numéro d’enregistrement à l’Office principal de sécurité du
Reich et la raison de la détention dans le camp de concentration[24].
Paradoxalement, de
nombreux documents produits à Nuremberg par l’Accusation démontrèrent que le
décret d’Hitler avait été respecté. Le 11 septembre 1944, ainsi, des
balles poison (balles remplies de cristaux de nitrate d’aconitine) furent
testées sur cinq condamnés à mort[25]. Un
an et demi plus tôt, Himmler avait donné l’autorisation « que huit criminels
condamnés à mort à Auschwitz , huit condamnés appartenant au mouvement de
résistance polonais », soient
utilisés pour de le cadres d’expériences sur les causes de la jaunisse
infectieuse[26].
Dans une autre lettre, le Reichsführer des SS avait demandé que des expériences
de stérilisation grâce au suc de la plante Caladium
Seguinum soient « effectuées immédiatement sur des êtres humains
(criminels !) afin d’établir la dose et la durée du traitement »[27].
J’ajoute qu’au départ (et
peut-être même jusqu’à sa destitution), S. Rascher se conforma à ce
décret. Ainsi, après qu’il eut découvert que, faute de volontaires, aucune
expérience humaine sur le vol à haute n’avait été pratiquée en Allemagne, il
fit appel à Himmler pour qu’il lui fournisse deux ou trois « criminels de
profession » ou, faute de mieux, des « faibles d’esprit »[28].
Lorsque Himmler demanda sa mutation aux Waffen SS, il écrivit au maréchal
Milch :
[…] je prends
personnellement la responsabilité de fournir pour ces expériences [résistance à
l’eau froide et aux basses pression] des individus asociaux et des criminels
qui ne méritent que la mort, et qui seront pris dans les camps de concentration[29].
Interrogé à Nuremberg sur
les activités du Dr Rascher, l’ancien inspecteur des camps,
Rudolf Höss, affirma :
Le
Dr Rascher, médecin de l’Aviation, fit des expériences à Dachau avec des
condamnés à mort, sur la résistance du corps humain au froid et aux hautes [et
basses] pressions atmosphériques [TMI,
XI, 417].
« Avec des condamnés
à mort », R. Höss était très net. Naturellement, cela
n’excusait pas la pratique d’expériences cruelles et meurtrières.
Enfin, mettons le
lecteur en garde : tous ces développements ne doivent pas lui laisser
croire que sous Hitler, l’expérimentation humaine aurait été une pratique
généralisée. Bien au contraire, elle est restée très limitée. Pour bien le
comprendre, il faut savoir qu’en Allemagne, une structure s’occupa de
coordonner la recherche scientifique : il s’agissait de la Société
Ahnenerbe (Héritage des ancêtres) dont le secrétaire général était le docteur
Wolfram Sievers. Cette société possédait cinquante différentes sections,
des instituts, et chapeautait plus de cent missions de recherches[30].
L’immense majorité de ses recherches restaient dans le domaine civil, et aucune
expérimentation humaine n’était pratiquée.
Au cours de la
guerre, l’Institut de recherches militaires scientifique fut attaché à
l’Ahnenerbe (voy. TMI, XXII, 547).
C’est au sein de cet institut — dirigé par Himmler — que des
expériences humaines furent menées, et plus particulièrement celles du
Dr Rascher. Mais il s’agissait d’un tout petit service supplémentaire, qui
était venu s’ajouter aux dizaines d’autres, plus importants et au sein desquels
aucune activité répréhensible n’a jamais pu être dénoncée. Ainsi, lorsque, le
8 août 1946 à Nuremberg, le substitut du procureur britannique accusa
W. Sievers d’avoir été « le secrétaire général de cet institut scientifique
d’assassinats », celui-ci rétorqua :
Ce
n’était pas du tout un service important […]. [Au sein de l’Ahnenerbe] les
affaires qui, à mon avis, avaient été liées d’une façon très regrettables avec
l’activité de Himmler, n’y jouaient presque aucun rôle [TMI,
XX, 565-6].
Interrogé peu
après par l’avocat des SS, le témoin confirma que les expériences menées au
sein de l’institut de recherches militaires scientifique n’avaient représenté
« qu’une fraction infime du travail
de l’Ahnenerbe » et qu’elles étaient restées « en marge »
des autres travaux scientifiques (TMI, XX, 594 ; voy. note suivante).
Pour donner
l’impression contraire, l’Accusation avait usé de « l’effet de
loupe » ; ayant saisi les notes personnelles de W. Sievers qui
s’étalaient sur 330 pages pour la période examinée, elles ne présenta au
Tribunal que l’équivalent de trois pages (soit moins de 1 %), c’est-à-dire
tout ce qui concernait cet Institut de recherches militaires scientifique, et
laissa de côté les 227 pages qui traitaient d’activités nullement
répréhensibles[31].
Et depuis 1946,
rien n’a changé. Dès qu’il est question d’expliquer au grand public la Science
sous Hitler, les auteurs nous ressortent les expériences humaines en omettant
tout le reste. Je précise en outre que pour mieux tromper son lecteur, un
auteur comme W. Shirer ajoute au mensonge par omission un autre mensonge
par omission : après avoir précisé avec raison que S. Rascher n’a pas
été arrêté pour ses expériences qui dépassaient les ordres, il cache
complètement les suites de l’affaire et la raison de son maintien en détention[32].
Quant à R. Wolfe, il ne fait pas exception : dans sa brochure, il
s’est contenté de reproduire un cliché d’une expérience du Dr Rascher et
deux pages d’un rapport du chercheur, comme si la science médicale sous Hitler,
c’était Rascher : des poursuites engagées contre lui, de son maintien en
détention, des activités générales de l’Ahnenerbe, du témoignage de
W. Sievers et de K. von Eberstein à Nuremberg, il n’en souffle mot.
Qui sont les
véritables falsificateurs de l’Histoire ?
[1]
[« Himmler […] m’a dit […] que M. Rascher avait de grands
mérites en tant que savant »
(témoignage de Karl von Eberstein, ancien haut gradé dans la SS, TMI, XX, 324).
[2]
Voy. la lettre de H. Himmler au maréchal
Milch, produite au procès de Nuremberg sous la cote PS-1617 : « Je vous demande de
vous priver du Dr Rascher, médecin-capitaine de réserve, et de le muter
aux Waffen SS. J’aurais ainsi toute la responsabilité de la poursuite des
expériences dans ce domaine […] »
(TMI, IV, 214).
[3]
[« Ces expériences ont été pratiquées sur l’ordre formel de
Himmler, car le Dr Rascher était en relations étroites avec lui et lui
était plus ou moins apparenté » (témoignage de Franz Blaha
à Nuremberg ; TMI, V, 189).
« Ce
laboratoire de recherches [où travaillait S. Rascher] dépendait directement
de Himmler, sans qu’il y eût aucun service intermédiaire »
(témoignage de Karl von Eberstein, TMI,
XX, 324).
[4]
Voy. Le
Révisionniste, 3ème année, n° 1.
[5]
Voy. le témoignage de K. von Eberstein,
déjà cité, TMI, XX, 324.
[6]
« Rascher, qui avait été arrêté par la Police criminelle […]
est resté en état d’arrestation dans la caserne des SS à Munich […] [puis] en
raison de l’avance des troupes américaines […] est alors venu à Dachau »
(Voy. le témoignage de K. von Eberstein, déjà cité, TMI, XX, 325-6).
[7]
Voy. le témoignage de K. von Eberstein,
déjà cité, TMI, XX, 325.
[8]
« COMMANDANT ELWYN JONES. — Ce qui se passait, c’est
qu’alors on tirait des balles sur les détenus des camps de concentration.
C’était bien là la forme des expériences n’est-ce pas ?
TÉMOIN SIEVERS. — C’est
Rascher qui a fait ces expériences […]. On s’en est aperçu seulement lorsque
Rascher a été mis en prison. » (TMI, XX, 582).
[9]
« En essayant de sauver les sujets soumis à des expériences de
refroidissement, on s’est aperçu qu’un réchauffement rapide était toujours
préférable à un réchauffement lent, car, lorsque les sujets étaient retirés de
l’eau froide, la température du corps continuait à descendre rapidement »
(Doc. PS-1618, présenté à Nuremberg le 20 décembre 1945 ; voy. TMI, IV, 213).
[10]
« Là, j’ai observé personnellement à travers la fenêtre
d’observation de la chambre [à basse pression], qu’un prisonnier, à
l’intérieur, subissait le vide jusqu’à ce que ses poumons éclatent »
(TMI, XX, 575).
[11]
« Rascher, qui avait été arrêté par la Police criminelle, n’a
pas été libéré par mes soins [comprenez : il est resté en détention suite
à mon action], de peur d’étouffer l’affaire, et j’ai immédiatement de moi-même
adressé un rapport personnel à Himmler […]. Il m’avait déjà fait
téléphoniquement les reproches les plus violents, me demandant comment j’avais
osé intervenir dans cette affaire. Il m’a reproché de vouloir monter un procès
sensationnel. J’ai alors clairement expliqué la chose à Himmler, sur quoi il a
montré beaucoup de réticence et m’a dit que je n’y comprenais absolument rien
[…] » (témoignage de K. von Eberstein, déjà cité, TMI, XX, 325).
[12]
« TÉMOIN VON EBERSTEIN. — [Himmler] m’a promis, en
conservant les dossiers, de déférer le cas Rascher au tribunal suprême des SS
et de la Police […].
M. PELCKMANN [avocat des
SS]. — Est-ce qu’une procédure a été ouverte contre Rascher ?
TÉMOIN VON EBERSETIN. — Non. » (Id.).
[13]
A ma connaissance, on ne sait rien de certain
sur sa mort. Raul Hilberg écrit qu’il a été « éliminé » et précise :
« Aurait
été fusillé à Dachau en 1945 » (Voy. Raul Hilberg, La destruction des juifs d’Europe [éd.
Fayard, 1989], p. 953). De son côté, Wiliam L. Shirer écrit que ne
lui ni son épouse (enfermée à Ravensbrück) ne survécurent à la guerre :
« on croit
qu’un des derniers actes de la vie de Himmler fut d’ordonner leur exécution »
(voy. W. Shirer, Le IIIe Reich
[éd. Stock, 1970 pour la version française], p. 1017). Aucun élément ne
vient toutefois étayer cette dernière affirmation.
[14]
Voy. la lettre de H. Himmler au maréchal
Milch, produite au procès de Nuremberg sous la cote PS-1617. Citée dans TMI, XXI, 335.
[15]
Document NO-008, présenté le 9 août 1946 à
Nuremberg (TMI, XX, 586).
[16]
« Une fondation de recherches, connue sous le nom de
Ahnenerbe, faisait également partie des services principaux SS […]. Pendant la
guerre, un Institut de recherches militaires scientifiques fut attaché à
l’Ahnenerbe. Il réalisait de vastes expériences sur des êtres humains vivants.
Un employé de cet Institut, un certain Dr Rascher, faisait des expériences »
(TMI, I, 285). « […] les SS se livrèrent
à une série d’expériences sur des êtres humains choisis parmi les prisonniers
de guerre ou des internés des camps de concentration. Ces expériences consistaient
notamment à provoquer la mort par congélation et à pratiquer l’assassinat par
balles empoisonnées » (Ibid.,
p. 287).
[17]
Voy. La
Haute-Marne Libéré, 29 décembre 1993, p. 12.
[18]
« De telles expériences, comme toutes autres choses, étaient
évidemment très secrètes » (témoignage de Rudolf Höss,
ancien inspecteur des camps, à Nuremberg, le 15 avril 1946 ; voy. TMI, XI,
417).
[19]
Dans sa lettre déjà citée au maréchal Milch,
Himmler écrivait : « Je vous demande de vous priver du Dr Rascher […] et de le
muter aux Waffen SS. J’aurai ainsi toute la responsabilité de la poursuite
des expériences […] » ; quelques paragraphes auparavant,
H. Himmler déclarait « prend[re] personnellement la responsabilité de fournir pour
ces expériences » des cobayes humains (Voy. le
doc. PS-1617).
[20]
« Le Dr Plötner a refusé de poursuivre des expériences
sur les êtres humains. Himmler ne l’exigea pas de lui […] »
(témoignage de Wolfram Sivers, TMI,
XX, 578 ; voy. aussi p. 597).
[21]
L’Accusation tenta alors de démontrer que
H. Göring avait su que de telles expériences se déroulaient et qu’il
n’avait pas protesté, ce qui aurait prouvé son acquiescement. Mais là aussi,
elle échoua : si elle put démontrer que le maréchal de l’Air E. Milch
avait eu une connaissance — vague — des travaux du Dr Rascher,
elle fut incapable de prouver que celui-ci en avait informé l’accusé (Voy. TMI, XXI, 330 et suivantes). Le
8 mars 1946, E. Milch précisa que, lors d’un entretien avec
H. Göring, il avait « brièvement fait allusion » à cette affaire,
que le Reichsmarschall ne semblait au courant de rien et qu’il ne lui avait pas
donné de précision (voy. TMI, IX,
p. 60).
[22]
Voy. l’exemple la cas du professeur Hirt. A
Nuremberg, W. Sievers déclara : « [Hirt] signala en outre qu’il était beaucoup
plus important […] d’avoir à notre disposition pour ces expériences [sur les
gaz toxiques] un nombre d’animaux suffisant, car, depuis le début de la guerre,
les réserves d’animaux d’expériences étaient tellement décimées que les
expériences scientifiques nécessaires ne pouvaient plus… » (TMI, XX, 566). A ce moment-là,
W. Sievers fut interrompu par l’Accusation, ce qui est très regrettable.
[23]
Voy. TMI, XX, 566 : « [Himmler] a été
très troublé lorsqu’il apprit que Hirt avait fait ces expériences sur sa propre
personne. Il rappela le décret du Führer selon lequel on pouvait utiliser pour
de telles expériences des détenus volontaires ou des criminels condamnés à mort ».
[24]
Doc. PS-1751 à Nuremberg, voy. TMI, IV, 216.
[25]
Doc L-103 à Nuremberg, présenté le
20 décembre 1945 (voy. TMI, IV,
215).
[26]
Doc. NO-011, présenté à Nuremberg le
9 août 1946 (voy. TMI, XX, 585).
[27]
Doc. NO-035, présenté le 9 août 1946 à
Nuremberg (voy. TMI, XX, 589).
[28]
Voy. la lettre de S. Rascher à
H. Himmler en date du 15 mai 1941 et présentée à Nuremberg sous la
cote PS-1602. On lit : « Pour l’instant, j’ai été désigné pour faire un cours
d’instruction médicale […]. La plupart de ces conférences portent sur les
recherches sur les vols à haute altitude (déterminées par le plafond légèrement
supérieur des avions de combat anglais). J’au constaté avec regret qu’aucune
expérience sur du matériel humain n’avait pu encore être mise sur pied chez
nous, du fait que les essais sont très dangereux et qu’il ne se présente aucun
volontaire. Je pose de ce fait très sérieusement la question : y a-t-il
possibilité d’obtenir de vous que soient mis à notre disposition deux ou trois
criminels de profession ? […] Ces essais, au cours desquels, comme il va
de soi, les sujets d’expérience peuvent trouver la mort, seraient poursuivis avec
ma collaboration. Ils sont absolument indispensables aux expériences sur les
vols à haute altitude et ne peuvent être poursuivis comme il avait été tenté
jusque là, sur des singes, qui ont des réaction tout à fait différentes […].
Des faibles d’esprit peuvent également être utilisés comme sujets d’expérience » (voy. TMI, IV, 210-1).
[29]
Doc. PS-1617, déjà cité ; voy. TMI, IV, 214.
[30]
« L’Ahnenerbe avait 50 différentes sections
scientifiques. C’étaient des instituts. En outre, il exécutait ou faisait exécuter
plus de cent missions de recherche de grande étendue » (témoignage de W. Sievers ; TMI, XX, 592.
[31] Ce fait fut dénoncé par l’avocat des SS, Maître Pelckmann. Voici ce
que l’on peut lire dans les comptes rendus du procès :
« M. Pelckmann. — J’ai
ici l’original de votre journal qui vous a été présenté en extraits. Il
contient 330 pages pour la période dont les extraits vous ont été
présentés, mais les extraits sont seulement de trois pages. En vous basant sur
ce document, pouvez-vous dire si les choses qui ont été discutées ici [les
expériences humaines au sein de L’institut de recherches militaires
scientifique] ne constituent qu’une fraction infime du travail de
l’Ahnenerbe ?
TÉMOIN SIEVERS. — Oui. Je peux
confirmer cela […].
M. Pelckmann. — Témoin,
êtes-vous en mesure de donner des explications conformes à la vérité au sujet
des fragments de votre journal qui vous ont été présentés, sans donner des
explications détaillées sur ce journal ?
TÉMOIN SIEVERS. — Cela m’est
impossible parce que c’est seulement par tout l’ensemble de mon journal qu’il
vous est possible de constater l’étendue qu’avaient l’ensemble de mes travaux,
et combien les questions discutées ici étaient en marge de ceux-ci » (TMI,
XX, 594).
[32]
« [Rascher] poursuivit ses travaux meurtriers […] jusqu’en mai
1944, date où il fut arrêté avec sa femme par les SS, non pour s’être livré à
des « expériences » criminelles, semble-t-il, mais pour avoir menti
sur la façon dont leurs enfants étaient venus au monde […]. Le Dr Rascher
fut donc incarcéré parmi les détenus politiques du camp de Dachau […], et sa
femme fut expédiée à Ravensbrück […]. Aucun d’eux ne survécut » (voy. W. Shirer, op. cit., p. 1017).