Sur les charniers à l’Est découverts par
Patrick Desbois
Question
Il y a peu, un communiqué de presse émanant du
Vatican a déclaré qu’à la tête d’une équipe de chercheurs, un religieux était
en train de recenser les charniers de juifs massacrés par les
« nazis » en Ukraine lors de la deuxième guerre mondiale. J’ai cru
entendre que, déjà, plus de mille charniers avaient été découverts, contenant
chacun entre quelques dizaines une centaine de milliers de corps. C’est énorme.
Un des principaux arguments des
révisionnistes pour réfuter l’histoire des Einzatsgruppen
qui, à l’Est, auraient massacré des centaines de milliers de juifs, consiste à
dire qu’aucun charnier n’a été découvert. Il semble que cet argument ne puisse
plus être utilisé. Si c’est le cas, ne peut-on pas en déduire qu’il y a
vraiment eu des pogroms organisés de juifs à l’Est, donc qu’il y a vraiment eu un
génocide (ou, au moins, une tentative de génocide) ?
J’aimerais connaître vos réflexions sur ce
sujet.
Réponse
L’affaire que vous mentionnez nous est connue. Le
religieux dont vous parlez est le père Patrick Desbois. Son
enquête en Ukraine a débuté en 2004. Elle se déroule sous l’égide du
« cardinal » Jean-Marie Lustiger, du « cardinal » Philippe
Barbarin (de Lyon), de « monseigneur » Ricard et du Congrès juif
mondial.
La découverte de charniers à l’Est, que ce soit en
Ukraine ou ailleurs, jusqu’aux confins de l’ex-empire soviétique, n’est
nullement surprenante. L’histoire de ces régions a été très tourmentée au
siècle dernier, avec notamment la dictature stalinienne et l’effroyable guerre
germano-soviétique. Je rappelle qu’en 1991, à Moron (frontière mongole), des
charniers contenant des dizaines de milliers de moines bouddhistes victimes de
Staline furent mis à jour et que, d’après la BBC, bien d’autres restaient
encore à découvrir (voir
l’article de Libération sur le sujet)[1].
Plus près de nous (géographiquement), mentionnons la
« tragédie de Bleiburg » survenue en mai 1945, lorsque les Anglais
refusèrent non seulement d’accepter la reddition des Croates qui avaient
combattu les communistes aux côtés des Allemands, mais aussi de leur accorder
l’asile politique en Autriche occupée. 300 000 Croates environ
tombèrent aux mains des communistes. Ils furent emmenés à travers la Croatie
septentrionale jusqu’à la frontière roumaine. Une grande partie mourut lors de
ces « marches de la mort » et les corps des victimes furent enterrés
sommairement dans des fosses communes ou jetés dans des puits, des précipices,
des mines abandonnées…[2] Aujourd’hui encore, nombre
de ces fosses subsistent, qui n’ont jamais été ouvertes.
Ajoutons à cela les charniers dans l’ancienne
Allemagne de l’Est. Ils contiennent les restes des victimes internées dans les
camps du IIIe Reich reconvertis en prisons à partir de 1945.
Certains d’entre eux ont été ouverts dans les années 1990 (voir cliché),
mais beaucoup d’autres n’ont fait l’objet d’aucune fouille[3].
On
le voit, des milliers de fosses communes parsèment l’est de Europe, qui
renferment les restes de gens très divers (Koulaks, Croates, Russes, Juifs,
Allemands…).
L’Ukraine
ne fait pas exception à la règle : de nombreux massacres y ont été
perpétrés et de nombreuses batailles s’y sont déroulées pendant la première
moitié du XXe siècle, que ce soit sous le régime soviétique ou
sous l’occupation allemande. D’où la présence de nombreux charniers qui
contiennent les restes de soldats et des civils. Parmi eux figurent naturellement
des juifs morts lors d’événements qui ne les concernaient pas en tant que juifs
ou lors de pogroms proprement dits, mais qui ne furent pas tous, et de loin, le
fait de l’occupant allemand (pogroms de 1905 par exemple).
Voilà
pourquoi la plus élémentaire prudence s’impose lorsqu’on nous parle de « 1 100 charniers
de 60 à 100 000 corps » découverts en Ukraine (voir le titre dans la
presse)[4].
Cette prudence, la presse ne l’observe pas, présentant arbitrairement toutes
les fosses découvertes comme autant de « charniers juifs d’Ukraine »,
des juifs qui, bien entendu, auraient été victimes des « nazis ».
Si,
vraiment, l’enquête du père Desbois était sérieuse, à chaque découverte d’un
charnier, des membres de la police criminelle et des médecins légistes seraient
appelés sur les lieux afin de relever les indices matériels qui permettraient
de répondre aux questions essentielles : à quand remonte le
charnier ? qui étaient les gens dont les restent viennent d’être
retrouvés ? de quoi sont-ils morts (maladie ? mort
violente ?...) ?
A
mon avis, la mission du père Desbois s’inscrit dans une vaste opération de
propagande qui consiste à faire croire que de nouvelles découvertes surviendraient
sans cesse, confirmant la thèse officielle de l’ « Holocauste ».
Rappelez-vous.
En octobre 1998, ce fut l’affaire Hans Münch : la presse allemande venait
soi-disant de découvrir un ancien médecin allemand qui avait travaillé à
Auschwitz et qui, cinquante ans après, avouait l’existence de chambres à gaz
dans ce camp. Mais en vérité, cet H. Münch était connu depuis toujours,
car après la guerre, il avait été jugé — et acquitté — par un
tribunal polonais[5].
En
décembre 1999, le mensuel Historia
parla d’un « document retrouvé depuis peu dans les archives du Foreign Office
britannique » et démontrant que, depuis décembre 1942, les
Alliés connaissaient « la “solution finale” telle que l’avait ordonné Hitler »[6].
Or, cette pièce était connue depuis bien longtemps (au moins 30 ans),
puisque Raul Hilberg l’avait brièvement mentionnée dans son ouvrage La destruction des juifs d’Europe[7].
En
janvier 2004, la presse parla de photos aériennes d’Auschwitz prises durant
l’été 1944 et qui venaient « d’être rendues publiques » après avoir été
extraites « des
Archives nationales de Kew (banlieue ouest de Londres) ». Elles confirmaient, disait-on, qu’un
massacre de masse aurait été perpétré dans ce camp[8].
En vérité, ces photos prises par une unité aérienne basée à Bari étaient
connues depuis toujours ; certaines d’entre elles avaient d’ailleurs été
publiées en 1979 par la CIA[9].
Cette
façon de faire croire que des découvertes récentes viendraient renforcer la
thèse de l’ « Holocauste » n’est pas nouvelle. Rappelons qu’à
Nuremberg, parmi les documents de l’Accusation figurait le PS-1553. Il
s’agissait du « rapport » d’un certain Kurt Gerstein, auquel étaient
annexées quelques factures concernant des commandes de Zyklon B. Le
30 janvier 1945, l’accusation française produisit ce document mais en ne
lisant que les factures (TMI, VI,
345-6, 377). Les « aveux » de K. Gerstein ne furent mentionnés
qu’en passant : « Au document PS-1553 est jointe la déposition de Gerstein », se contenta de préciser Charles Dubost, qui
se garda bien de la lire (TMI, VI,
377 ; voir cette
page). Cette discrétion démontrait que, pour l’Accusation, les allégations
du sieur Gerstein étaient sans valeur, tant elle renfermaient d’extravagances
(700 personnes entassées 25 m², tas de linge hauts de plus de
35 mètres…). Deux ans plus tard, pourtant, le 18 janvier 1947, Le Monde publia, en page 2, un
article intitulé : « Un témoignage
accablant à propos des chambres à gaz ». Le texte commençait
ainsi :
Nuremberg, 17 janvier. — Le Haute Cour américaine des
crimes de guerre a entendu jeudi un long récit des exterminations massives de
juifs au camp de Belcec […]. Il s’agissait de la déposition écrite d’un
ingénieur Westphalien nommé Kurt Gerstein […].
Après
deux ans d’oubli, K. Gerstein était donc soudainement revenu ! Dans
la suite de l’article, ses « aveux » étaient résumés et les
extravagances les plus criantes passées sous silence. Le journaliste omettait
ainsi de mentionner les tas hauts de 35 à 40 mètres et il se contentait de
parler de chambres à gaz « d’environ 45 mètres cubes », sans préciser ni la surface, ni le nombre de
victimes qui y auraient été entassées en même temps. Enfin, rien n’était dit
sur le fait que ce « long récit » n’était pas nouveau, qu’il avait
été rédigé le 26 avril 1945, que son auteur avait été retrouvé
opportunément mort dans sa cellule trois mois plus tard et qu’en janvier 1946,
l’Accusation à Nuremberg s’était contentée de mentionner ce document sans le
lire... Ainsi laissait-on croire au lecteur qu’un nouveau « témoignage
accablant » venait d’être produit, qui confirmait sans contestation
possible la version de l’histoire entérinée par les vainqueurs.
L’histoire
des charniers d’Ukraine est de la même veine. Depuis toujours, leur existence
était connue (à défaut de leur localisation exacte). Si, vraiment, ils avaient
pu apporter la preuve qu’un gigantesque pogrom avait été commis à l’Est par les
Allemands, il y a bien longtemps que des équipes auraient été envoyées, afin de
les localiser, de les fouiller et de rédiger des rapports circonstanciés.
Voilà
pourquoi les déclarations qui ont été faites récemment et qui ne manqueront pas
d’être faites sur la mise à jour de ces charniers ne doivent pas nous
impressionner. D’après la presse, le travail du père Desbois « devrait aboutir à
un livre et une exposition à Paris » (voy. le Journal de Saône-et-Loire, déjà cité).
Ce sera l’occasion de juger son travail, avec toute la prudence nécessaire car
on se souvient du document URSS-054
qui attribuait aux Allemands le massacre de… Katyn.
[1] Voy.
Libération, 23 octobre 1991,
p. 22.
[2] Voy.
La Tragedia de Bleiburg. Documentos sobre
las mastanzas en masa de los Croatas en Yugoeslavia comunista en 1945
(Studia Croatica, Buenos Aires, 1963).
[3] Voy. Adrian Pressinger, Death camps of the Soviets. 1945-50 (Landpost Press,
Maryland, 1994).
[4] Voy. Le Journal de Saône et Loire, 9 juin 2005, article
intitulé : « Le père Desbois a référencé près de
1 100 charniers de 60 à 100 000 corps ».
[5] En 2000, d’ailleurs, on apprit qu’au
moment où il avait tenu ses propos accusateurs, cet ancien médecin était
« dans un
état de démence sénile proche de la maladie d’Alzheimer » (Voy.
V. Reynouard, L’affaire du médecin
d’Auschwitz « sans remords » [éd. VHO, 2001], p. 4).
[6] Voy. Historia, décembre 1999, p. 22.
[7] Voy. R. Hilberg, La destruction des juifs d’Europe (éd.
Fayard, 1988 [pour l’édition française]), p. 966, note 23. Pour la
réfutation complète de l’article publié dans Historia, voy. Les véritables
falsificateurs de l’Histoire (éd. VHO, 2001).
[8] Voy., par exemple, France Soir, 21 janvier 2004, p. 1.
[9] Voy. The
Holocaust Revisited (CIA, 1979).